THIONVILLE | JUSTICE Restaurer le lien entre l’agresseur mineur et sa victime

Le tribunal de Thionville a été sélectionné comme site expérimental par la direction nationale de la Protection judiciaire de la jeunesse, pour la mise en place d’un protocole de justice restaurative à l’égard des mineurs.

La justice restaurative recouvre un ensemble de mesures visant à établir un dialogue entre victime et auteur, dans un cadre légal. Ces mesures sont extrajudiciaires, c’est-à-dire qu’elles ne se substiltuent pas au jugement, ni à la procédure qui y est rattachée. Pour les auteurs, elles favorisent la responsabilisation de leurs actes, la prise de conscience du tort causé, voire l’empathie.

L’idée finale est de tenter de restaurer un lien social entre auteur et victime, et éventuellement, un apaisement du préjudice moral. À Thionville, des mesures de justice restaurative existent déjà entre majeurs. Proposées dans les affaires de violences conjugales, les séances de dialogue ne confrontent pas victimes et auteurs des mêmes affaires, mais sur des infractions de nature identique.

• Thionville, site pilote

La direction nationale de la Protection judiciaire de la jeunesse a lancé un protocole expérimental de justice restaurative, à l’égard des mineurs cette fois, dans dix villes de France, soit une ville par région et deux en Ile-de-France. Pour le Grand Est, c’est le TGI de Thionville qui a été désigné unique pilote de l’expérience. « Si cette expérience est concluante, la PJJ s’engagera davantage dans ce mode extrajudiciaire », souligne Christelle Dumont, procureure de la République à Thionville.

Une convention a été signée vendredi 28 juin entre le TGI, la direction régionale de la PJJ et l’AAESEMO (Association mosellane d’action éducative et sociale en milieu ouvert). Elle sera chargée de préparer les entretiens (trois en moyenne par affaire) et de les encadrer, via un personnel formé aux techniques de médiation restaurative. Cinq situations seront évoquées d’ici la fin de l’année.

 

• Une démarche à portée éducative

La différence avec le protocole destiné aux majeurs est qu’ici, l’auteur mineur sera confronté à sa propre victime, dans une démarche à portée éducative. La justice endosse ici le rôle de parent pédagogue et caresse l’espoir de voir s’éteindre le feu de la délinquance par l’effet de prise de conscience. Le dispositif ne concerne que les infractions sur les atteintes aux personnes et doit permettre, selon la procureure, Christelle Dumont, « de restaurer un cadre moral et civique, et de prévenir d’éventuelles récidives ». Depuis quelques années, le système judiciaire français renforce la prise en compte du statut des victimes. Après la création des Bureaux d’Aide aux Victimes , c’est un pas de plus vers le dialogue, la parole libérée. Comprendre, c’est déjà apaiser. Pour la résilience, le chemin risque d’être beaucoup plus long.