La justice restaurative : qu’est ce que c’est ?

Initiée par la loi Taubira de 2014, la justice restaurative va être mise en place en Moselle au printemps 2019. Elle s’entend comme une mesure accompagnatrice à la sanction. Des groupes de paroles vont être créés pour regrouper des victimes et des auteurs d’une même infraction. Attention : les victimes ne seront pas confrontées à leur agresseur direct mais à un individu condamné pour le même type de fait, « en miroir ».

À Metz, la justice restaurative sera initiée autour des violences aggravées en dehors du cercle familial. Ces réunions s’étendront sur plusieurs rendez-vous, au cours de plusieurs mois. Quels sont les objectifs ?

Pour les victimes ?

Parfois, des années après une agression ou un accident, son souvenir refait surface, comme un flash indélébile. Joseph Saas, président du centre de documentation information familles et femmes (association de victimes partenaire du projet), en a fait l’expérience, plusieurs décennies après un accident corporel grave. Pour Alexandra Lerouvillois, psychologue du SPIP, l’intérêt est justement de « débloquer des choses que l’on ne peut pas développer en thérapie ». Le but est de permettre de verbaliser des choses qu’une victime ne peut pas toujours exprimer, lors d’un procès. « Cela lui permettra peut-être de faire diminuer son sentiment de peur ou d’angoisse. De démystifier une infraction et de diminuer la stratégie d’évitement. » Car une victime agressée, à l’aveugle dans la rue par exemple, peut, ensuite, se replier. « On pense que ça n’arrive qu’aux autres. La question qui revient souvent c’est « pourquoi moi ». Ces groupes permettent de reprendre le contrôle de sa vie. On n’obtient pas de pardon, ni d’excuse avec la justice restaurative. On ferme une porte. »

Pour les délinquants ?

La participation à ses rencontres est basée sur le volontariat. Les auteurs d’infractions pénales, condamnés, n’obtiendront pas de remises de peine. « On nous l’a déjà demandé… Mais ce n’est pas l’objet. Il n’y a rien à gagner de ce côté-là », assure Daniel Lefebvre, directeur du Service pénitentiaire d’insertion et probation de Metz. En revanche, le but est de comprendre ce qui a pu pousser à la commission de l’infraction.

Pour le parquet ?

Christian Mercury, procureur de la République de Metz, insiste sur les enjeux. « Au Canada ou en Belgique, la justice restaurative est mise en place depuis longtemps. Les résultats y sont intéressants pour la prévention de la récidive. » Pour Claude Chevalier, avocat général près la cour d’appel de Metz, c’est toute la société qui a un intérêt à y trouver. « En Guyane, c’est un mode alternatif de résolution des conflits, depuis des siècles. Il s’agit de modifier la culture de la communauté. »

Pour les jeunes délinquants ?

Sophie Maurice Pluchon, directrice à l’association mosellane d’action éducative et sociale en milieu Ouvert (AAESEMO), et son président Jean-Luc Saccani, ont pris le sujet à bras-le-corps. C’est leur association qui gérera la justice restaurative pour les mineurs. « Cette mesure, c’est l’être humain d’abord. Pour la victime évidemment, mais aussi pour le délinquant qui se sent considéré. Il peut dire « oui, j’ai fait une bêtise mais on m’écoute tout de même ». Et ainsi trouver des réponses pour expliquer son comportement, auxquelles il n’aurait pas pensé. »

Vous êtes concernés ? Toutes les infos auprès du TGI de Metz.

Et pour vous ?

Outre les victimes et les auteurs, tous les citoyens peuvent s’investir en tant que tiers observateur. Les groupes comprendront aussi des membres de la communauté. En plus des animateurs, formés, ils auront vocation à instaurer le dialogue et participer à la bonne tenue des réunions dans un espace sécurisé.

Lisa LAGRANGE